baleine dans « La semaine » par Anny Marzolin

Jean Villemin Éditions du Lampion 9 ans et bien au-delà

Baleine ! une interjection, un cri, pour qu’apparaisse enfin cette baleine dont tout le monde parle. Elle a fini par être appelée Baleine, tout simplement. Il fallait bien la nommer. Il est tellement plus facile de parler d’elle que de réfléchir à la raison qui lui fait remonter le fleuve : cette pluie qui n’en finit pas, « des rideaux de pluie ainsi que des herses serrées, barrant la vue jusqu’à fermer l’horizon ».

Grands écoliers et collégiens seront sensibles à l’énigme de la lancinante montée des eaux et d’une baleine à l’intérieur des terres. Beaucoup ne sauront pas, mais on peut leur dire, que la baleine de Jonas est en filigrane, ainsi que Moby Dick et que le Déluge fait partie des grands mythes fondateurs. En revanche, les lecteurs de tout âge seront réceptifs à l’étrangeté des paysages d’une nature totalement déréglée par la pluie, illustrée par de superbes à-plats noirs et blancs, fluctuant en vagues.

À l’abri derrière sa fenêtre, une fillette observe, ajoutant au mystère. Depuis longtemps, Livia appelle Baleine de ses vœux. Un jour, elle disparaît sur le dos du cétacé qui l’emmène pour un long périple incertain. Quel avenir attend Livia : déclin du monde ou aube d’un monde nouveau ?

Céline Brijs dans Qu’importe le flacon…..

Il pleut !  Il pleut !  Encore et encore. Tant et tant que l’eau finit par envahir les terres et qu’une baleine pénètre loin dans le monde des hommes.  Tous en parlent  mais qui l’a réellement vue ?  Réalité, mythe, mirage annonciateur d’un nouveau déluge, d’une fin du monde inéluctable ?  La rumeur enfle. Pendant que les hommes discourent, une enfant attend, l’attend…

On embarque dans ce petit album au format à l’italienne comme dans un rêve prémonitoire.  Et si cette baleine était venue délivrer un message aux hommes : si vous ne réagissez pas, votre monde, NOTRE monde, va sombrer corps et biens !  Malheureusement, ceux-ci ne peuvent ni l’entendre ni la voir. Tout simplement parce qu’ils n’y croient pas, pas vraiment. Et lorsque, enfin, ils ouvrent les yeux, il est déjà trop tard !   Seule l’enfant a cette pureté d’âme capable de tout changer. Seule l’enfant ouvre son cœur et écoute…

« Le chant de la Baleine,
avait ravi le cœur de l’enfant.
Sa conscience fut enchantée
par la mélodie et Livia
succomba à son charme. »

La force de ce message écologique est portée tant par le texte, pur, clair, ciselé, que par les magnifiques illustrations en noir et blanc.  Zébrures de la pluie ; lignes courbes des flots et des cieux ; ombres chinoises des personnages adultes qui, coincés dans leurs certitudes, jouent une pantomime absurde ; majesté de la baleine et de son œil dans lequel on se noie ; … tout n’est que régal pour les yeux.

Bref, Baleine est un petit bijou qui nous rappelle qu’il est peut-être temps de modifier nos façons de voir et d’agir.  Un album à confier, comme un cadeau, à la nouvelle génération…  N’est-elle pas notre espoir de salut ?

« C’est la fin du monde, aurait-elle demandé ?
La Baleine hésita encore :
C’est le crépuscule, répondit-elle. » 

Céline Brijs dans Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait LIVResse

Pour aller plus loin :

Baleine ! RICOCHET en parle

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Baleine !

Agenouillée sous un vaste parapluie, son lapin sous le bras, une enfant contemple un paysage noyé de pluie. Sur la couverture, se détache le titre Baleine ! comme on crie « terre ! » après une longue attente. Un trait noir et fin découpe les éléments de cette histoire, hachée page après page par la pluie. La pluie est en effet, le troisième personnage de cette histoire entre Livia et Baleine, l’animal porteur d’espoir ou d’angoisse. Entre déluge et apocalypse, ce petit roman graphique de 80 pages cultive l’inquiétude. Livia, la petite fille, est-elle porteuse de fin du monde ou de rédemption ? Noir et blanc se partagent les pages. L’hyperréalisme du décor des immeubles ou de l’œil de la baleine nous sont familiers. Néanmoins, le crépuscule d’une part et la fuite de l’enfant hors du monde d’autre part, partagent nos sentiments. Jean Villemin à travers cette histoire, suscite l’inquiétude, un sentiment d’étrangeté et, selon les codes de la littérature fantastique, la chute laisse planer l’ambiguïté.

Danielle Bertrand

Baleine sur Babelio.com !